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De hauts responsables iraniens à Doha, Trump fait monter les enjeux d'un accord de paix

| AFP | 655 | 5 par 2 internautes
Le drapeau iranien près de la tour Milad à Téhéran, le 25 mai 2026
Le drapeau iranien près de la tour Milad à Téhéran, le 25 mai 2026 ( ATTA KENARE / AFP )

De hauts responsables iraniens se sont déplacés lundi à Doha pour des tractations en vue d'un accord de paix au Moyen-Orient, même si les deux parties ont tempéré les espoirs d'entente imminente.

Téhéran a fait état de progrès dans les discussions mais a écarté la perspective d'un accord imminent pour tourner la page des hostilités. Et Donald Trump a fait monter les enjeux en appelant le Qatar et l'Arabie saoudite à normaliser leurs relations avec Israël.

La visite au Qatar de la délégation iranienne, incluant le négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le gouverneur de la Banque centrale, est la première de ce type depuis les frappes de représailles menées par Téhéran contre ses voisins du Golfe lors de la guerre.

Selon l'agence officielle iranienne Irna, "il semble que certains engagements américains, dans le cadre de cet accord, seront mis en œuvre avec l'aide de Doha" et "ce voyage vise à s'assurer de la disponibilité du Qatar à apporter son soutien dans les domaines liés aux engagements américains".

Le dégel des avoirs iraniens bloqués à l'étranger, notamment au Qatar, est crucial pour un Iran affaibli par des décennies de sanctions américaines et la guerre, selon Ali Vaez, de l'International Crisis Group.

Dans le même temps, le président Trump a évoqué le dossier de l'uranium enrichi iranien, un des points clefs du conflit.

"L'Uranium Enrichi (Poussière Nucléaire!) sera soit immédiatement remis aux Etats-Unis (...) et détruit, soit, de préférence, en collaboration et en coordination avec la République islamique d'Iran, détruit sur place ou dans un autre lieu acceptable", a écrit Trump sur Truth Social.

On ignore si le dirigeant américain signifiait par là qu'il s'agissait d'un point de l'accord en discussion.

Plus tôt lundi, M. Trump a semblé faire monter les enjeux d'un éventuel accord de paix.

"Désastre"

Dans un long message sur les réseaux sociaux, il a énuméré les dirigeants de pays à majorité musulmane avec lesquels il a discuté ces derniers jours, affirmant "qu'après tout le travail effectué par les Etats-Unis (...) tous ces pays devraient être obligés, au minimum, de signer simultanément les accords d'Abraham".

Le président américain Donald Trump, le 22 mai 2026 à Morristown
Le président américain Donald Trump, le 22 mai 2026 à Morristown ( Brendan SMIALOWSKI / AFP )

Signés en 2020, ces accords ont débouché sur une normalisation des relations des Emirats arabes unis et de Bahreïn, deux proches alliés de Washington dans le Golfe, avec Israël.

Mais nombre d'Etats ont jusqu'ici refusé de se joindre à ce processus, en particulier l'Arabie saoudite ainsi que la Syrie et le Liban, a fortiori depuis le conflit qui a ravagé la bande de Gaza.

Au vu du "désastre que s'est avérée être la guerre" déclenchée par des frappes israélo-américaines le 28 février, cette nouvelle demande de l'administration américaine "montre à quel point elle comprend mal le Moyen-Orient", estime auprès de l'AFP Anna Jacobs, de l'Institut des Etats arabes du Golfe basé à Washington.

"La position de l'Arabie saoudite sur la question palestinienne reste inchangée", a affirmé une source saoudienne citée par la chaîne Al Arabiya, ajoutant qu'"il doit exister une voie irréversible vers un État palestinien".

Après des semaines d'impasse, les négociations ont paru se débloquer ces dernières 48 heures.

Photo diffusée par l'agence de presse de l'Assemblée consultative islamique (ICANA) montrant le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf (d) et le chef de l'armée pakistanaise, Asim Munir, à Téhéran, le 23 mai 2026
Photo diffusée par l'agence de presse de l'Assemblée consultative islamique (ICANA) montrant le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf (d) et le chef de l'armée pakistanaise, Asim Munir, à Téhéran, le 23 mai 2026 ( - / ICANA NEWS AGENCY/AFP )

"Nous sommes parvenus à une conclusion sur une grande partie des questions", a commenté le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

"Mais de là à dire que la signature d'un accord est imminente, personne ne peut l'affirmer", a-t-il ajouté, accusant Washington d'être versatile.

M. Trump a également tempéré les espoirs d'une conclusion rapide. "Soit l'accord avec l'Iran sera un accord excellent et significatif, soit il n'y aura pas d'accord", a-t-il écrit, alors que son allié israélien insiste sur la nécessité d'"éliminer entièrement la menace nucléaire" - un point que Téhéran ne veut pas aborder dans l'immédiat.

"Je n'ai pas d'espoir"

Une sculpture moderne d'Arash l'Archer, figure légendaire de la mythologie persane, devant affiche géante sur la façade d'un immeuble représentant le détroit d'Ormuz avec l'inscription en persan
Une sculpture moderne d'Arash l'Archer, figure légendaire de la mythologie persane, devant affiche géante sur la façade d'un immeuble représentant le détroit d'Ormuz avec l'inscription en persan "À jamais dans la main de l'Iran", le 25 mai 2026 à Téhéran ( ATTA KENARE / AFP )

Dans cette incertitude, des Iraniens n'osent pas envisager une amélioration de leur quotidien, plombé par une "pression économique et une inflation affreuse", témoigne Mohammad, un comédien de 28 ans interrogé par une journaliste de l'AFP depuis Paris.

"Je serais ravi qu'un accord de long terme soit conclu, avec la fin des sanctions, et de bonnes relations avec le reste du monde, mais je n'ai pas d'espoir", dit-il.

Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a toutefois lancé un signal de détente, en ordonnant le rétablissement de l'accès à l'internet international en Iran, suspendu depuis le début de la guerre, selon les agences iraniennes Tasnim et Fars.

Les marchés ont quant à eux préféré retenir les avancées dans les négociations, notamment la perspective d'une réouverture du détroit d'Ormuz, dont le verrouillage par Téhéran fait flamber les cours de l'or noir.

Le Brent de la mer du Nord, référence mondiale du pétrole, perdait plus de 5% lundi, passant sous 100 dollars pour la première fois depuis deux semaines. Et les Bourses européennes ont clôturé en nette hausse.

Le conflit a ébranlé l'économie mondiale et fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban où le mouvement pro-iranien Hezbollah a rejoint les hostilités début mars en visant le territoire israélien.

Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril entre l'Iran et les Etats-Unis.

La fumée d'une frappe aérienne israélienne sur le village de Zibqin, dans le sud du Liban, le 25 mai 2026
La fumée d'une frappe aérienne israélienne sur le village de Zibqin, dans le sud du Liban, le 25 mai 2026 ( Kawnat HAJU / AFP )

Un autre a été conclu sur le front libanais depuis le 17 avril, mais Israël et le Hezbollah pro-iranien s'accusent mutuellement de le violer, poursuivant leurs attaques quotidiennes.

Le Liban pourrait être la "pilule empoisonnée" qui ferait capoter un accord, avertit M. Vaez, alors que selon Téhéran, le cessez-le-feu doit s'y appliquer.

Benjamin Netanyahu a lui affirmé lundi qu'Israël allait y "intensifier" son offensive pour "écraser" le Hezbollah, après de nouvelles frappes israéliennes qui ont fait trois morts, selon l'agence nationale d'information libanaise, ANI.

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