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Drones: les ambitions de Taïwan pour un marché très disputé

| AFP | 84 | Aucun vote sur cette news
Pilotage d'un drone multirotor lors du deuxième Défi national d'application des drones (UAV) à la défense, le 16 octobre 2024 à Chiayi, à Taïwan
Pilotage d'un drone multirotor lors du deuxième Défi national d'application des drones (UAV) à la défense, le 16 octobre 2024 à Chiayi, à Taïwan ( I-Hwa CHENG / AFP/Archives )

Nouvel acteur dans un marché florissant, Taïwan voit sa production de drones s'envoler sous l'effet de la guerre en Ukraine, avec l'ambition de se positionner comme une plaque tournante du secteur en Asie.

Les drones bon marché, utilisés pour la reconnaissance ou les bombardements, sont très recherchés depuis qu'ils ont changé la donne lors de l'invasion russe de l'Ukraine et dans un contexte d'augmentation des budgets militaires dans le monde entier.

Dans ce secteur très concurrentiel, Taïwan met en avant son expérience de puissance dans les technologies, notamment celles liées à l'intelligence artificielle, et se targue de produire des drones exempts de matériaux chinois.

Un argument de poids quand certains pays cherchent à réduire leur dépendance aux approvisionnements de Chine dans un contexte de tensions géopolitiques et de craintes pour la sécurité.

Revers de la médaille de ce positionnement, les engins taïwanais peuvent atteindre trois fois le prix de leurs concurrents chinois, tels que DJI, premier producteur mondial qui bénéficie d'économies d'échelle.

Malgré ce désavantage, les entreprises taïwanaises enregistrent une flambée de leurs ventes. Selon les statistiques officielles, Taïwan a exporté 181.159 drones au cours des quatre premiers mois de cette année, soit près de 20 fois plus qu'au cours de la même période en 2025, et même plus que le total de l'année dernière.

La majorité d'entre eux sont partis en République tchèque, suivie de la Pologne. Mais selon l'Institut taïwanais de recherche sur la démocratie, la société et les technologies émergentes (DSET), la plupart sont achetés ou financés par des organisations caritatives et envoyés en Ukraine.

"Bouclier"

Outre l'invasion russe de l'Ukraine, les restrictions imposées ces dernières années par la Chine sur les exportations de drones, afin de prévenir la prolifération, ont également ouvert des perspectives aux entreprises taïwanaises.

"La demande intérieure n'est pas suffisante et c'est pourquoi (l'île) se tourne vers l'international pour gagner en envergure et acquérir de l'expérience", relève Samara Duerr, analyste politique à DSET, un groupe de réflexion soutenu par le gouvernement taïwanais.

Un drone bombardier exposé au siège du groupe Thunder Tiger à Taichung ,le 21 avril 2026 à Taïwan
Un drone bombardier exposé au siège du groupe Thunder Tiger à Taichung ,le 21 avril 2026 à Taïwan ( I-Hwa Cheng / AFP/Archives )

L'objectif, selon elle: "disposer de cette capacité et savoir comment faire face à une éventuelle augmentation de la demande (locale) par la suite".

Taïwan vise une capacité de production mensuelle de 100.000 drones d'ici à 2030, dans un contexte de pression accrue de la Chine qui revendique l'île comme faisant partie de son territoire et n'exclut pas de la prendre par la force.

Sous pression de Washington pour augmenter ses dépenses militaires face à ce risque, le gouvernement s'efforce de développer une industrie locale et prévoit d'acquérir plus de 200.000 drones de fabrication taïwanaise.

"On appelle ça le bouclier de drones (...) une autre protection pour Taïwan", explique Max Lo, président d'AeroSoarX, un producteur de drones à usage militaire et commercial.

Mais les blocages budgétaires au Parlement, contrôlé par l'opposition, font que les commandes publiques ne suivent pas le rythme.

"Si nous ne disposons ni d'une demande locale, ni d'un soutien gouvernemental, ni d'un budget, comment pouvons-nous maintenir la chaîne de production?", se désole M. Lo, qui dit se tourner pour ces raisons vers l'Ukraine ou la Pologne.

"Application pratique"

Les entreprises taïwanaises ont également du mal à s'imposer sur un marché déjà dominé par la Chine, et leurs composants n'ont pas encore fait leurs preuves sur le terrain.

Selon Chiou Chyou-huey, directeur général de l'Administration du développement industriel, un organe du gouvernement, la "grande majorité" des drones taïwanais exportés sont exempts de composants chinois.

Un drone d'attaque à grande vitesse Mighty Hornet IV, développé par l'Institut national des sciences et technologies Chung-Shan (NCSIST) et la société technologique américaine Kratos, présenté au salon Taipei Aerospace & Defense Technology Exhibition, le 17 septembre 2025 à Taïwan
Un drone d'attaque à grande vitesse Mighty Hornet IV, développé par l'Institut national des sciences et technologies Chung-Shan (NCSIST) et la société technologique américaine Kratos, présenté au salon Taipei Aerospace & Defense Technology Exhibition, le 17 septembre 2025 à Taïwan ( I-Hwa Cheng / AFP/Archives )

Mais plusieurs experts du secteur interrogés par l'AFP doutent sur cette affirmation.

"Même s'il est difficile de remettre en cause les capacités industrielles de Taïwan, tout repose sur la question de l'application pratique", souligne Marcin Jerzewski, directeur du bureau taïwanais de l'European Values Center for Security Policy. "Les drones taïwanais seraient-ils prêts pour le combat?"

Autre inconnue : l'Ukraine, une fois le conflit terminé, pourrait ne plus avoir besoin des drones taïwanais et au contraire inonder un marché sur lequel elle a gagné une expertise reconnue.

Dans un secteur de plus en plus disputé, Collin Koh, expert militaire basé à Singapour, prévient: "Taïwan va devoir trouver sa niche".

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