SNCF: grève des cheminots mercredi, les trains du quotidien au cœur des enjeux
Des TGV sont annulés mercredi matin mais aussi des trains régionaux ou de banlieue, de plus en plus ouverts à la concurrence, dans le cadre d'une grève de 24 heures organisée par les syndicats de la SNCF.
Le trafic mercredi matin est conforme aux prévisions, a indiqué SNCF Voyageurs à l'AFP: le trafic régional - les "trains du quotidien" - est "fortement perturbé", et sur les grandes lignes en moyenne un TGV sur trois annulé et un train Intercités sur deux.
Gare Montparnasse à Paris, les halls sont plus vides que d'ordinaire, a constaté une journaliste de l'AFP. "J'avais anticipé hier", a expliqué Michael Kanuanga, 50 ans, qui vient travailler à Paris: "Je me suis levé à 4 heures du matin et j'ai pris un train beaucoup plus tôt que d'habitude".
Son train habituel a été annulé, mais, regrette-t-il, "le problème c'est que ce n'est annoncé nulle part, c'est seulement sur le quai qu'on comprend". Sur les applis SNCF, en effet, les trains supprimés ne sont pas affichés, seuls ceux qui sont maintenus y figurent.
Gare de Lyon à Paris, cependant, le train de 8H46 pour Lyon apparaissait comme supprimé, et à la gare de Bordeaux-Saint-Jean, le train de 8H03 pour Arcachon affichait un parcours modifié, d'après les tableaux de départ publiés sur internet.
Camille Metteil, la trentaine, dentiste à Rambouillet et qui habite Paris, a été prise par surprise par la grève: "Je vais devoir annuler certains de mes patients qui seront venus pour rien au cabinet, car je vais arriver à 10H00 au lieu de 09H00 habituellement".
Dans la région parisienne, seul le RER A ne devrait pas être trop touché par le mouvement, selon les prévisions de trafic. Sur les autres lignes, un train sur deux ou sur trois devrait circuler mercredi.
"Entité privée"
Les quatre principaux syndicats de l'entreprise ferroviaire publique, CGT-Cheminots, Unsa Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT-Cheminots, qui ont lancé l'appel à la grève, demandent un moratoire sur l'ouverture à la concurrence ainsi que des hausses de salaire pour faire face à l'inflation.
Au cœur de la protestation se trouvent les filialisations lancées depuis l'an dernier par la SNCF au fur et à mesure du lancement par les régions d'appels d'offres pour déterminer qui exploitera les lignes de trains au départ de chaque métropole régionale.
Quand bien même l'appel d'offres serait remporté par la SNCF elle-même, l'entreprise crée une "nouvelle entité privée", dans laquelle elle "transfère ses personnels s'ils veulent bien l'être", explique Julien Delion, conducteur à la SNCF et secrétaire du syndicat CGT-Cheminots de Bayonne. "Avec à la clé moins de jours de repos et des temps de travail plus longs."
"S'ils refusent le transfert, ils seront licenciés parce qu'en fait, c'est tout un territoire qui bascule, donc ils n'ont pas d'autre option localement", souligne-t-il, jugeant "l'ambiance très anxiogène" dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques notamment, où l'ouverture à la concurrence doit se faire prochainement.
"Transformation interne majeure
Au total, "27.000 salariés SNCF" sont "embarqués dans la concurrence" et potentiellement transférés dans des filiales locales de la taille d'une PME de 4 ou 500 personnes, a confirmé mardi à Paris Jean-Aimé Mougenot, directeur TER délégué chez SNCF Voyageurs, lors du salon du transport public Mobco.
Il admet qu'il s'agit d'une "transformation interne majeure", mais affirme tout faire pour que le transfert se passe bien.
Au total, neuf régions TER sur onze ont lancé ou s'apprêtent à lancer des appels d'offres pour exploiter leur réseau.
Seules deux régions, l'Occitanie et la Bretagne, attendent la fin de la convention qui les lie à la SNCF. Mais à terme, toutes les lignes de TER devront être mises en concurrence d'ici fin 2033, prévoit la loi.
Si les élus y voient le potentiel pour améliorer la qualité et le nombre de trains, les syndicats de salariés estiment que les gains de productivité se font sur le dos des salariés.
La concurrence a aussi démarré sur les lignes TGV, sans appel d'offres cependant, car plusieurs opérateurs peuvent exploiter une même ligne, comme Trenitalia et SNCF Voyageurs sur Paris-Lyon et Paris-Marseille.
Pour les syndicats qui font le parallèle avec France Telecom il y a quelques années, le bouleversement dans les habitudes de travail est tel que ce sont les plus fragiles qui trinquent: 13 suicides ont été comptés à la SNCF depuis début 2026.
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