Bilan hebdo : le CAC 40 retombe avec de grosses sanctions pour Carrefour et Kering
La saison des trimestriels est lancée...
Nette rechute du CAC40 cette semaine : sur cinq séances, l'indice vedette national abandonne 2,19% à 7.783 points ce vendredi soir. Dans une actualité riche, le marché parisien n'a pas résisté aux violentes secousses qui ont frappé le marché obligataire et aux doutes persistant sur l'écosystème et le financement des infrastructures IA. Sans oublier la nouvelle poussée des cours énergétiques et des publication mal accueillies dans un secteur du luxe qui pèse lourd à Paris.
Le marché obligataire français a donc traversé une phase de turbulences historique cette semaine. La prime exigée par les investisseurs pour détenir de la dette française à 10 ans plutôt que de la dette allemande a grimpé de 33 points de base, une progression inédite depuis 1990, selon les données compilées par 'Bloomberg'. L'écart de rendement entre la dette française et la dette allemande à 10 ans, le fameux 'spread', se situe désormais autour de 1,7 point de pourcentage, soit son plus haut niveau depuis fin 2011, période où la crise de la dette dans la zone euro atteignait son paroxysme. Le taux de l'OAT à 10 ans évolue désormais au-dessus des 5%, après avoir touché jeudi un pic depuis juillet 2002, à 5,14%.
"Les obligations d'État françaises continuent de battre des records et de franchir des seuils psychologiques", explique à 'Bloomberg' Felipe Villarroel, gestionnaire de portefeuille chez TwentyFour Asset Management. "Les opérateurs ont besoin d'un catalyseur pour prendre des positions longues ; or, la menace, plausible mais non formulée, d'une intervention d'envergure ne suffit pas, pour l'instant, à convaincre". Les investisseurs craignent que la France ne soit confrontée à un avenir périlleux, compte tenu du poids de sa dette, de la faiblesse de son économie et d'un mécontentement social qui s'est traduit par des manifestations très violentes le week-end passé. La pression sur la dette nationale pourrait encore monter d'un cran la semaine prochaine puisque Moody's doit actualiser sa note de crédit souverain ce soir. Et une dégradation n'est clairement pas exclue...
Plus largement, les actifs risqués à l'échelle mondiale ont chuté ces derniers jours, plombés par la nouvelle hausse des cours du pétrole avec un baril de Brent à plus de 115 dollars et des interrogations croissantes sur la rentabilité de l'intelligence artificielle. "Les investisseurs commencent à s'inquiéter de leurs positions et se disent qu'ils ne souhaitent plus rester exposés à ces actifs", explique à 'Bloomberg' Craig Inches, responsable des activités de trésorerie et de taux chez Royal London Asset Management.
La saison des trimestriels est montée en intensité à Paris ces derniers jours avec de très belles performances de L'Oréal, Sodexo, EssilorLuxottica, ID Logistics ou encore Atos. A l'inverse, Safran, Valeo, Kering, Hermès ont été durement sanctionnés. Alors que le rythme va encore accélérer la semaine prochaine, les analystes continuent à se montrer optimistes : les bénéfices trimestriels des entreprises de l'indice STOXX 600 devraient progresser de 21,9%, soit le deuxième meilleur taux de croissance des quatre dernières années, principalement grâce aux entreprises du secteur de l'énergie, selon les données de LSEG I/B/E/S.
Les cours du brut ont encore progressé cette semaine sur fond d'inquiétudes persistantes sur la situation au Moyen-Orient. Le baril de Brent affiche un bond de plus de 5% à environ 116$ à Londres. Les attaques des Houthis en Arabie saoudite alimentent particulièrement les craintes de nouvelles perturbations des approvisionnements énergétiques en provenance du Golfe. Par ailleurs, selon le 'New York Times', les États-Unis et Israël auraient élaboré des plans en vue de nouvelles frappes contre l'Iran après les élections de mi-mandat américaines en novembre, ciblant les infrastructures énergétiques, les installations nucléaires et l'arsenal de missiles du pays.
Du côté des devises, l'euro résiste face au billet vert, à 1,12$ entre banques. L'or retombe nettement (-4%), passant sous les 4.000 dollars. Enfin, le Bitcoin évolue autour des 81.550$.
Les valeurs
* EssilorLuxottica s'envole de 17,4%. Le géant de l'optique a annoncé un chiffre d'affaires trimestriel en hausse de 9% à 7,486 milliards d'euros (+7,2% à taux de change constants vs 6,3% de consensus), après une croissance à deux chiffres l'an dernier. Les revenus affichent ainsi une augmentation de 6,8% sur neuf mois à 22,304 milliards d'euros (+8,9% à taux de change constants). Les ventes de lunettes connectées, qui ont largement contribué à soutenir la valorisation du groupe, ont progressé de 20% au troisième trimestre, après avoir bondi de près de 100% entre avril et juin, portées par l'essor fulgurant de cette nouvelle catégorie de produits. Le groupe vise sur les cinq prochaines années une croissance soutenue de son chiffre d'affaires ainsi qu'une progression globalement comparable de son résultat opérationnel ajusté.
* ID Logistics gagne 8,4%. Les opérateurs ont salué la nouvelle très belle performance du groupe de transport et logistique. Ce dernier a enregistré un chiffre d'affaires de 1,178 milliard d'euros au 3e trimestre, en progression de 25,6% sur un an. A données comparables, la croissance atteint +25%, après 22,6% au 2e trimestre et 17,2% au 1er trimestre. ID Logistics a logiquement confirmé sa confiance dans la réalisation d'une nouvelle année de forte croissance en 2026. Les priorités opérationnelles portent sur la montée en puissance des sites récemment ouverts, l'exécution des nouveaux projets et la préparation des pics d'activité du 4e trimestre, notamment le Black Friday et les fêtes de fin d'année.
* Eurofins Scientific avance de 8,2% même si sa croissance organique 2026 devrait être inférieure à l'objectif initial, qui se situait dans une fourchette moyenne à un chiffre ('mid-single', soit proche des 5%). Cette situation reflète selon Eurofins "des conditions de marché qui, après neuf mois, demeurent moins dynamiques qu'à l'accoutumée", ainsi que le fait que certains programmes cliniques attendus ne reprendront pas en 2026. La firme a enregistré "une amélioration constante de la croissance de son chiffre d'affaires", tant en données organiques qu'en données publiées, au cours des neuf premiers mois de 2026. Le chiffre d'affaires publié sur les neuf premiers mois de l'année s'est élevé à 5,614 milliards d'euros, en hausse de 3,7%. Cette croissance a été portée à la fois par la croissance organique et par des acquisitions, malgré un impact défavorable de 1,7% lié aux effets de change et de 0,7% lié aux abandons d'activités et aux cessions, Eurofins s'étant désengagé de certaines activités non stratégiques.
* L'Oréal bondit de 7,1%, après que le géant de la beauté a annoncé, pour son troisième trimestre, des revenus supérieurs aux attentes du marché. Le fabricant des crèmes CeraVe et des parfums Prada a enregistré des ventes de 11,56 milliards d'euros entre juillet et septembre, en hausse de 7,7% à données comparables ajustées, contre un consensus de 5,4%. "Une fois de plus, le marché mondial de la beauté démontre sa résilience dans un contexte difficile - et nous continuons de le surperformer fortement", a déclaré Nicolas Hieronimus, DG. Morgan Stanley ('pondération en ligne') évoque un trimestre "très solide", avec des résultats qui "ont dépassé même les attentes les plus optimistes".
* Sodexo s'octroie 6,4%. Le groupe de restauration collective a dévoilé un chiffre d'affaires annuel de 23,96 milliards d'euros, en hausse de 2% sur un an en organique, alors que les analystes tablaient en moyenne sur 23,78 milliards et une croissance organique de 1,5%, selon un consensus compilé par l'entreprise. Sodexo a par ailleurs confirmé ses perspectives pour l'exercice 2027, dont une croissance interne du chiffre d'affaires comprise entre 2% et 3% avec une marge d'exploitation globalement en ligne avec les 3,4% atteints sur l'exercice 2026, reflet de la poursuite des investissements visant à renforcer les capacités et à restaurer la compétitivité.
* Atos progresse de 3,7% après avoir fait part d'une nouvelle amélioration de son activité en séquentiel. L'entreprise de services informatiques a enregistré une baisse organique de 2,4% de son chiffre d'affaires combinant Atos et Eviden sur le trimestre clos, à 1,64 milliard d'euros, après -5,8% au deuxième trimestre et -11,0% au premier trimestre de l'année en cours. Le Royaume-Uni et Irlande, les Marchés internationaux et la France ont été les principaux contributeurs à "l'amélioration séquentielle de la croissance organique", a précisé Atos. Autre bonne nouvelle, les activités renouent avec une génération positive de trésorerie au T3 pour la première fois depuis le lancement de Genesis : la firme a fait état d'une variation nette de la trésorerie de 44 millions d'euros, incluant un impact significatif des coûts de restructuration d'environ -50 ME. La position de liquidité est portée à 966 millions d'euros à fin septembre 2026, avec une contribution encore limitée du programme d'affacturage de créances clients, à hauteur de 21 ME.
A l'inverse, * Valeo chute de 18,4% malgré le maintien de ses objectifs annuels. L'équipementier automobile a fait état d'un chiffre d'affaires total de 4,881 milliards d'euros au troisième trimestre, en baisse de -2,3% et de 2,6% à périmètre et taux de change constants. Le Groupe vise pour le second semestre une marge opérationnelle en % du chiffre d'affaires et un cash-flow libre équivalents à ceux du 1er semestre. Sur l'ensemble de l'année, il table sur un chiffre d'affaires de 20 à 21 milliards d'euros (20,9 MdsE en 2025), une marge opérationnelle de 4,7% à 5,3% du chiffre d'affaires (4,7% en 2025), et un cash-flow libre après frais financiers nets supérieur à 400 ME (371 ME en 2025). Jefferies fait état d'un "léger écart" par rapport au consensus sur le chiffre d'affaires du troisième trimestre et note un "ton plus prudent" dans les prévisions pour le second semestre. Citi relève également un "léger écart" concernant la croissance organique au troisième trimestre ; toutefois, "dans l'ensemble, le message est rassurant", selon la banque.
* Kering dévisse de 17,9%. Le géant du luxe a dévoilé un chiffre d'affaires de 3,345 milliards d'euros au troisième trimestre, stable en données publiées et en baisse de 1% en données comparables. Les ventes de Gucci, qui représentent environ la moitié du résultat opérationnel du groupe, se sont établies à 1,29 milliard d'euros, en baisse de 4% en données publiées et de 6% en données comparables, contre -3,29% de consensus. La Deutsche Bank ('conserver') explique que "le redressement de Kering reste complexe, Gucci n'ayant pas encore montré de signes convaincants de stabilisation". Le courtier ajoute que le chiffre d'affaires, inférieur aux attentes, s'explique par une base de comparaison plus exigeante ainsi que par le calendrier de lancement des collections en septembre. Selon lui, les investisseurs se concentreront sur la décélération séquentielle chez Gucci, le ralentissement de la croissance en Amérique du Nord et la faiblesse persistante en Chine.
* Carrefour plonge de 16,7%, sanctionné après son avertissement sur résultats. Fragilisé par la situation actuelle en France et "la dégradation de la situation sociale et sécuritaire" dans le pays, le géant de la distribution anticipe désormais un résultat opérationnel courant en hausse avec une marge opérationnelle en progression de 0 à 15 pbs, contre +25 pbs précédemment, et un résultat net ajusté par action stable ou en légère augmentation, contre une croissance dans le haut de la fourchette à un chiffre anticipé auparavant. Le groupe vise également un cash-flow libre net en léger repli en 2026, alors que la métrique était auparavant attendue en "légère croissance" sur l'exercice. Sur le troisième trimestre, Carrefour a enregistré un chiffre d'affaires en progression de 2,3% sur un an à magasins comparables, à 22,69 milliards d'euros, légèrement en-deçà des attentes des analystes qui tablaient sur 22,71 MdsE selon un consensus compilé par Carrefour. En France, la firme a fait état d'un chiffre d'affaires de 11,90 MdsE, en augmentation annuelle de 1,2%, contre 11,87 MdsE de consensus. Morgan Stanley a dégradé le titre à 'pondération en ligne', affirmant qu'une meilleure visibilité sur l'EBIT en France, ainsi que des perspectives plus stables en matière de bénéfice par action et de flux de trésorerie disponible sont nécessaires pour adopter une opinion positive sur le titre.
* Edenred décroche de 13,8% à malgré la confirmation de sa guidance annuelle. Le spécialiste des titres-restaurant a présenté un revenu total de 725 millions d'euros au 3e trimestre, stable en données publiées et en baisse de -1,3% en données comparables. Le consensus compilé par l'entreprise était positionné à 709 ME. La croissance publiée tient compte d'effets de périmètre négatifs (-0,9%) ainsi que d'effets de change favorables (+2,1%) liés en particulier aux devises en Amérique latine. Le chiffre d'affaires opérationnel trimestriel ressort à 667 millions d'euros, également au-dessus des 658 millions attendus par les analystes. Confiant dans ses perspectives pour le dernier trimestre, Edenred a confirmé ses prévisions pour l'exercice 2026, à savoir : une baisse de l'EBITDA comprise entre -10% et -7 % en données comparables, soit un EBITDA qui s'établirait entre 1,220 et 1,260 MdE, ajusté pour tenir compte de l'effet des transactions conclues au 3e trimestre 2026 et un taux de conversion Free cash-flow / EBITDA d'au moins 35%.
* Safran trébuche de 14,3%. Malgré une publication sans grosse surprise et le maintien de ses objectifs annuels, le groupe aéronautique a souffert. Il a fait état d'un chiffre d'affaires ajusté de 9 milliards d'euros au troisième trimestre, en hausse de 15% sur un an, contre 8,99 MdsE de consensus. La croissance organique atteint 13,4%, contre 13,6% attendus par les analystes. Le management a donc réitéré ses perspectives 2026, telles que relevées en juillet, à savoir une croissance du chiffre d'affaires de l'ordre de 15%, un résultat opérationnel courant de 6,4 à 6,5 MdsE, un cash-flow libre de 4,7 à 4,9 MdsE, dont un impact négatif estimé d'environ -500 ME associé à la contribution exceptionnelle française à l'impôt sur les sociétés, et en fonction du calendrier de paiement de certains acomptes et du rythme de paiement des États clients.
* Ubisoft chute de 13,9% après que BNP Paribas a abaissé sa recommandation sur l'éditeur de jeux vidéo à 'neutre'. La banque estime que le cours actuel ne prend pas en compte l'ampleur de la consommation de trésorerie attendue entre l'exercice fiscal en cours et l'exercice 2029, laquelle pourrait atteindre 600 millions d'euros. Outre cette sortie de liquidités, l'analyste souligne deux autres facteurs défavorables : les risques liés au refinancement et les risques d'exécution inhérents à la réorganisation de l'entreprise. Les résultats du premier semestre 2027, attendus le 19 novembre, ne devraient guère apaiser les inquiétudes concernant la génération de flux de trésorerie disponible. Par ailleurs, les prévisions annuelles, qui reposent en grande partie sur des accords de licence et dont la réalisation est concentrée sur la fin de l'exercice, restent une source d'incertitude, selon le courtier. L'objectif de cours est ajusté de 4 à 3,5 euros.
* Schneider Electric recule de 8,7% après le lancement d'une augmentation de capital par émission d'actions nouvelles pour un montant d'environ 6 milliards d'euros. La firme a procédé au placement de 25 millions d'actions ordinaires nouvelles, représentant environ 4,32% du capital social de la société avant l'émission, au prix de souscription de 240 euros par titre, a indiqué le groupe. Le produit net de l'opération sera utilisé pour financer en partie l'acquisition de PTC Inc, en complément des émissions de dette à venir et d'éventuels tirages sur les crédits relais. La valeur a également souffert du retour du pessimisme autour de l'univers IA.
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