Wall Street corrige avec Walmart et Alibaba
Alors que les tensions persistent sur le marché des obligations d'État
Wall Street s'enfonce dans le rouge ce jeudi, le Dow Jones perdant 0,62% à 53.131 pts, le S&P 500 abandonnant 0,26% à 7.688 pts et le Nasdaq 0,62% à 26.169 pts, alors que l'affaire n'est pas encore réglée concernant les tensions sur les marchés obligataires et que Walmart vient de livrer des comptes trimestriels marqués par une performance décevante sur son marché domestique. Le rendement des bons du Trésor à 30 ans se tend de nouveau à 5,23%, tandis que le rendement du '10 ans' évolue à 4,69%.
Hier, la place américaine avait profité d'une nette détente sur les rendements obligataires, alors que celui de l'obligation du Trésor à 30 ans avait précédemment inscrit des sommets de 19 ans. L'annonce par le département du Trésor américain d'une augmentation des rachats de dette publique à long terme avait soulagé momentanément les marchés. Les prix des obligations, qui évoluent en sens inverse des rendements, avaient ainsi progressé après que le Trésor américain eut annoncé qu'il allait "au moins doubler" le volume de ses rachats de dette publique à long terme pour les titres des échéances allant de 10 à 30 ans. Ce coup de pouce de Scott Bessent, Secrétaire américain au Trésor, intervient alors même que la dette nationale américaine vient pourtant de franchir pour la première fois la barre des 40.000 milliards de dollars selon des données gouvernementales.
La veille, la nouvelle poussée des rendements sur les bons du Trésor US avait fait corriger lourdement Wall Street, le Nasdaq abandonnant plus de 1,3%. Le rendement sur le 10 ans avait atteint un sommet depuis janvier 2025, tandis que le '30 ans' s'affichait au plus haut niveau depuis 2007, les investisseurs s'inquiétant d'une inflation potentiellement persistante. L'émission massive de dettes d'entreprises exerce également une pression sur les obligations à travers le monde... Les centaines de milliards de dollars que les géants de la 'tech' cherchent à lever cette année pour financer leurs ambitions dans l'IA alimentent ces craintes. Ces levées de fonds risquent de détourner la demande au détriment de la dette publique, aggravant ainsi les inquiétudes budgétaires, estime Bloomberg.
Le dossier Ormuz est par ailleurs dans l'impasse diplomatique, les États-Unis et l'Iran ayant stoppé leurs négociations, selon le président américain qui avait menacé en début de semaine de bombarder Oman si le pays se mettait en travers de sa route concernant le détroit d'Ormuz. Deux sources internes au régime de Téhéran ont indiqué au Financial Times que les forces iraniennes ont étudié la possibilité de frapper des installations américaines dans des pays du sud-est de l'Europe, comme la Bulgarie ; ce pays a autorisé le mois dernier l'utilisation de sa base aérienne de Bezmer pour des avions de ravitaillement américains. L'une de ces sources a ajouté que Chypre, où une base aérienne britannique a été touchée par un drone en mars, figure également parmi les cibles potentielles de représailles en cas de nouvelle offensive américaine. Les forces iraniennes envisageraient, par ailleurs, de s'attaquer aux câbles sous-marins à fibre optique dans le détroit d'Ormuz en cas d'escalade.
Trump a mis en garde contre des conséquences économiques "énormes" pour tout pays commerçant avec l'Iran. "J'annonce l'opération économique la plus dévastatrice jamais menée contre un pays ! Il s'agira d'une guerre économique et d'un isolement d'une ampleur sans précédent", a déclaré le président américain sur Truth Social, affirmant que l'Iran ne tenait plus qu'à un fil après des mois d'opérations américaines visant le pays et appelant les alliés des États-Unis à se joindre à l'initiative. Cette semaine, alors que des responsables américains et iraniens ont indiqué qu'aucune négociation n'était en cours, les données relatives au transport maritime ont montré que le trafic de pétroliers dans le détroit d'Ormuz s'était réduit à une portion congrue.
Le baril de brut WTI évolue ce jeudi vers les 86$, en hausse de 2%, tandis que l'or recule de 0,5% à 4.501$.
Le bitcoin surprend quant à lui en hausse vers les 71.500$. L'optimisme est revenu après une rencontre entre Donald Trump et des dirigeants du secteur, notamment de Coinbase, Payward et Blockchain.com Group Holdings. Cette initiative a contribué à raviver l'espoir concernant le 'Clarity Act', projet de loi sur la structure du marché des cryptomonnaies qui n'avait pas pu être soumis au vote avant la pause estivale du Sénat.
La parution des Minutes de la Fed hier soir a fait peu réagir les marchés. Le rapport a confirmé que lors de la dernière réunion de la Réserve fédérale, le statu quo relatif aux taux a été décidé à neuf voix contre trois (Beth Hammack, Neel Kashkari et Lorie Logan), mais a également indiqué que "plusieurs" banquiers centraux se sont prononcés en faveur d'une prochaine hausse, face aux préoccupations relatives à l'inflation. Le président de la Fed, Kevin Warsh, a par ailleurs proposé de réduire le nombre de réunions de la banque centrale à six par an, contre huit actuellement.
La Fed avait maintenu les taux inchangés lors de la réunion de juillet, bien que trois des douze membres votants du FOMC aient donc soutenu une hausse d'un quart de point. Kevin Warsh avait précédemment souligné sa volonté de contenir l'inflation, mais a laissé les investisseurs perplexes en suggérant que la hausse des taux d'intérêt du marché observée depuis la réunion de juin de la Fed avait de fait durci les conditions financières sans qu'il y ait eu de relèvement officiel. Certains membres de la Fed craignaient par ailleurs que les marchés n'anticipent désormais une hausse des taux à laquelle la Fed ne s'était pas engagée.
La probabilité d'un relèvement des taux de la Fed le 16 septembre à l'issue de la prochaine réunion monétaire se situe désormais à 34,6% contre 65,4% de 'proba' d'un statu quo laissant les taux entre 3,50 et 3,75%, selon l'outil CME FedWatch. Le même outil montre une probabilité dominante de 45,1% que les taux terminent l'année entre 3,75 et 4%, ce qui représenterait une hausse d'un quart de point.
Dans l'actualité des entreprises, Nordson publiait ses résultats financiers hier soir à Wall Street. Walmart, Alibaba, Deere et Ross Stores sont de la partie ce jeudi. BJ's Wholesale dévoilera enfin demain ses derniers comptes.
Les inscriptions au chômage ont reculé davantage que prévu la semaine passée aux États-Unis. Le Département américain au Travail a annoncé pour la semaine close au 15 août des inscriptions au chômage au nombre de 206.000, en repli de 6.000 par rapport au niveau de la semaine antérieure. Le consensus était positionné à 210.000.
L'indice manufacturier régional de la Fed de Philadelphie pour le mois d'août 2026 annoncé ce jeudi atteint le très haut niveau de 47,4, contre 15,3 de consensus FactSet et 41,4 un mois auparavant, ce qui signale une accélération de la croissance. Cet indicateur s'affiche au plus haut depuis avril 2021, avec notamment une composante emploi quasiment triplée à 27,9, au plus haut depuis avril 2022.
56,9% des répondants ont signalé une augmentation de l'activité économique générale, et 9,6% ont fait état d'une baisse entre juillet et août. L'indice de diffusion de l'activité économique générale future a progressé, passant de 34,4 en juillet à 73,6 en août. 74,5% des répondants prévoient une augmentation de l'activité économique générale, tandis que 0,9% anticipent une baisse au cours des six prochains mois. Près de 33% des entreprises ont fait état d'une hausse de leurs effectifs (contre 13% le mois précédent), 5% ont signalé une baisse (contre 3%) et 62% n'ont constaté aucun changement (contre 83%).
L'indice des indicateurs avancés américains du Conference Board pour le mois de juillet 2026 s'est affiché en progression de 0,2% en comparaison du mois antérieur contre 0,1% de consensus. La baisse du mois de juin a été révisée à -0,1% contre -0,2% précédemment.
Les valeurs
Walmart, le géant américain de la grande distribution, décroche de 9,5% à Wall Street suite à sa publication financière du 2e trimestre fiscal de l'exercice décalé 2027. Sur la période, le groupe a affiché des revenus de 187,9 milliards de dollars en croissance de 5,9% (+5,1% à changes constants) et légèrement au-dessus du consensus, pour un bénéfice ajusté par action de 81 cents en augmentation de 19%, à comparer à un consensus de 74 cents. Le bpa ajusté exclut l'impact, net d'impôt, d'une perte nette de 0,12$ sur les actions et autres placements, et d'un gain net de 0,11$ provenant d'un certain élément fiscal. Le bénéfice net trimestriel a représenté 6,5 milliards de dollars, lui aussi meilleur que prévu. Le bénéfice opérationnel a grimpé de 17,4% sur une base ajustée.
La croissance US à comparable hors essence a été de 2,6% contre 4,1% un trimestre avant, ce qui semble constituer la seule déception du trimestre. Le consensus était plutôt de 3,8% de hausse sur la période. La baisse du prix des médicaments, provoquée en partie par la réglementation fédérale sur les médicaments sur ordonnance dans le cadre de Medicare, a nui aux ventes du détaillant aux États-Unis. Walmart International a pour sa part affiché 7,9% de croissance à changes constants. Les ventes de e-commerce ont augmenté de 23% dans le monde.
Le niveau de cash et équivalents ressort à 11,5 milliards de dollars en fin de période, alors que la dette totalise 57,2 milliards. Le cash flow opérationnel a été de 19,7 milliards de dollars et le free cash flow de 5,5 milliards. Le groupe relève ses estimations de bénéfice pour l'exercice 2027 entre 2,80 et 2,87$ de bpa ajusté, guidance légèrement supérieure au consensus des analystes en milieu de fourchette. Les ventes publiées sont attendues en hausse de 4 à 5% (tcc) sur l'exercice, alors que le bénéfice opérationnel ajusté est attendu en croissance de 7 à 8,5% à taux de change constants. Le groupe de l'Arkansas publie aussi ses prévisions pour le troisième trimestre. Le chiffre d'affaires devrait progresser de 3 à 3,75% et le résultat opérationnel ajusté de 2 à 4%. Le bpa ajusté est attendu entre 0,62 et 0,64$ pour le troisième trimestre.
Nordson (+5,9%), le producteur américain d'équipements et machineries industrielles, a annoncé pour son 3e trimestre des comptes supérieurs aux attentes de marché, affichant sur la période un bénéfice ajusté par action de 3,25$, contre 3,1$ de consensus et 2,73$ un an avant, pour des revenus de 818 millions de dollars à comparer aux 741 millions de l'an dernier. Ainsi, les revenus atteignent un record, en croissance de 10%, pour un bpa ajusté également au plus haut, en augmentation de 19% en glissement annuel. La solidité de la demande se confirme, puisque le backlog progresse de 35% en comparaison de l'an dernier. Le groupe relève ses estimations annuelles de ventes et de bénéfices. Le chiffre d'affaires devrait désormais se situer dans une fourchette de 3,035 à 3,075 Mds$ et le bénéfice ajusté dans une fourchette de 11,80 à 12$.
Alibaba (-3,3%), le géant chinois du e-commerce, a publié pour le trimestre clos fin juin 2026 un chiffre d'affaires de 268,95 milliards de yuans (39,64 milliards de dollars), soit une hausse de 9% sur un an. Le chiffre d'affaires lié à la gestion de la clientèle a reculé de 7% sur un an. Si l'on exclut l'impact négatif sur le chiffre d'affaires lié au programme de développement de nouvelles activités, le chiffre d'affaires de la gestion de la clientèle aurait progressé de 1% sur une base comparable.
Le résultat d'exploitation s'est établi à 15,16 milliards de yuans (2,23 Mds$), en baisse de 57% sur un an, principalement en raison du recul de l'EBITA ajusté, d'une dépréciation du goodwill et d'une provision comptabilisée cette année. L'EBITA ajusté a diminué de 30% sur un an pour atteindre 27,33 milliards de yuans (4 milliards de dollars). Cette baisse est principalement imputable aux investissements technologiques, partiellement compensés par l'amélioration des résultats opérationnels de l'activité Cloud ainsi que par une efficacité opérationnelle accrue dans divers secteurs d'activité. Le résultat net attribuable aux actionnaires ordinaires s'est élevé à 10,54 milliards de yuans (1,55 Md$). Le résultat net a atteint 10,44 milliards de yuans (1,54 Md$), soit une baisse de 75% sur un an.
Le résultat net ajusté pour le trimestre clos le 30 juin 2026 s'est élevé à 20,71 milliards de yuans (3,05 Mds$), en baisse de 38%. Le bénéfice dilué ajusté par ADS est ressorti à 8,52 yuans (1,26$), soit une baisse de 42%. Le bénéfice dilué ajusté par action s'est établi à 0,16$. La trésorerie nette générée par les activités d'exploitation s'est établie à 22,945 milliards de yuans (3,38 Mds$), en hausse de 11%, mais le cash flow libre ajusté a fait ressortir une sortie de fonds de 44,67 milliards de yuans (6,58 milliards de dollars), avec l'augmentation des dépenses liées aux infrastructures cloud. Au 30 juin 2026, la trésorerie et les autres placements liquides s'élevaient à 474,5 milliards de yuans ou 69,9 Mds$.
Deere (+6,8%), le géant américain des engins agricoles, a publié pour son 3e trimestre fiscal des profits supérieurs aux attentes et relevé sa guidance de bénéfice net annuel entre 4,75 et 5 milliards de dollars. Le carnet de commandes confirme selon le management que 2026 devrait être le point bas du cycle des équipements agricoles.
Deere a annoncé un bénéfice net de 1,379 milliard de dollars pour le troisième trimestre clos le 2 août 2026, soit 5,10 dollars par action, contre un bénéfice net de 1,29 milliard de dollars, ou 4,75 dollars par action, pour le trimestre clos le 27 juillet 2025. Pour les neuf premiers mois de l'année, le bénéfice net attribuable à Deere & Company s'est élevé à 3,81 milliards de dollars, soit 14,06 dollars par action, contre 3,962 milliards de dollars, ou 14,57 dollars par action, pour la même période l'année précédente. Le chiffre d'affaires et les autres revenus mondiaux ont augmenté de 5%, pour atteindre 12,61 milliards au troisième trimestre 2026, et de 7%, pour s'établir à 35,59 milliards sur neuf mois.
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