Washington presse ses alliés et la Chine de rejoindre sa guerre économique contre l'Iran
Les Etats-Unis ont pressé jeudi leurs alliés et la Chine de rejoindre une vaste opération de pression économique contre l'Iran, censée faire "chuter le régime" de Téhéran sans reprise des opérations militaires.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a répondu en accusant Washington de "terrorisme économique", selon l'agence iranienne Irna.
Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent, sans livrer aucun détail, a averti que les pays qui ne soutiendraient pas cette offensive seraient considérés comme étant "contre nous".
Il donnera une conférence de presse lundi sur la manière dont les Etats-Unis, qui imposent déjà un blocus maritime et de nombreuses sanctions à l'Iran, comptaient augmenter encore la pression.
Dans une interview accordée à la chaîne CNBC, le secrétaire au Trésor a appelé la Chine à "se mettre au diapason" si Pékin souhaite "voir le détroit (d'Ormuz) être rouvert et les prix de l'énergie redescendre".
"Nous allons faire chuter ce régime" en Iran, a-t-il aussi affirmé, reprenant un objectif que Washington avait avancé au début du conflit, après les frappes menées conjointement avec Israël le 28 février, mais avait cessé de mentionner par la suite.
"Plus d'opérations militaires"
"Si nous appliquons une pression économique maximale, cela signifie qu'il est probable qu'il n'y ait pas de reprise d'opérations militaires à grande échelle, mais je veux souligner que c'est pour le moment", a-t-il déclaré à CNBC.
Confronté à des options militaires raréfiées, à une impasse diplomatique et à une opinion publique hostile au conflit, Donald Trump avait déjà promis mardi soir "l'opération économique la plus écrasante jamais entreprise" contre l'Iran.
"J'annonce que TOUT pays qui permettra à ses institutions financières, à ses entreprises, à ses aéroports ou à ses entités gouvernementales d'offrir une quelconque forme de bouée de sauvetage à l'Iran fera lui-même face à de TERRIBLES répercussions économiques", avait-il poursuivi.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait immédiatement jugé que le projet était "voué à l'échec."
Illustrant la pression exercée par près de six mois de conflit sur les ressources de la première puissance militaire mondiale, l'armée américaine a annoncé jeudi l'arrivée d'un nouveau porte-avions au Moyen-Orient, en remplacement de l'Abraham Lincoln dont le déploiement en mer prolongé a suscité des inquiétudes sur les conditions de vie de l'équipage.
Avec le déploiement du George Washington dans la région il ne restera plus, au moins temporairement, de porte-avions américain dans le Pacifique.
Inconnue chinoise
La principale inconnue, dans cette nouvelle stratégie économique américaine, se trouve sans doute à Pékin.
Plus d'un quart des échanges commerciaux de l'Iran en 2024 ont été réalisés avec la Chine, une grande consommatrice du pétrole vers laquelle Téhéran continue à exporter, malgré les sanctions, via une flotte "fantôme".
La capacité de Washington à rallier ou non la Chine à sa "guerre économique" en dira long sur le rapport de force réel entre les deux superpuissances.
Donald Trump est persuadé d'avoir une relation privilégiée avec le président chinois Xi Jinping, qu'il recevra le 24 septembre aux Etats-Unis.
Economie iranienne fragilisée
Parmi les grands partenaires commerciaux de l'Iran figurent aussi les Emirats arabes unis, qui ont annoncé mardi suspendre jusqu'à nouvel ordre "tous les échanges commerciaux et les transactions financières" avec le pays.
La Turquie ainsi que la Russie ont également des échanges économiques conséquents avec l'Iran. Dans le cas de Moscou, les transactions portent aussi sur du matériel militaire.
Reste à voir également comment se positionneront les pays alliés des Etats-Unis, restés à l'écart des opérations militaires, ce qui leur vaut une rancune tenace de la part du président américain.
L'économie de l'Iran, fragilisée par des décennies de sanctions internationales, est mise à rude épreuve par la guerre.
Les Etats-Unis ressentent eux aussi le contrecoup du conflit, avec une inflation tenace et des coûts d'emprunt qui s'envolent pour le Trésor américain, qui a dû intervenir mercredi sur le marché de la dette.
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