Taux : nouvelles tensions sur la dette française, l'OAT a flirté avec les 5%
Jour de présentation du budget...
Le CAC40 creuse ses pertes en matinée, miné par la nouvelle poussée des taux obligataires. Le rendement de l'OAT à 10 ans se tend encore de plus de 5 pb à 4,908%, au plus haut depuis l'été 2002, après avoir frôlé le seuil psychologique des 5%, à 4,9629%. Si cette hausse des taux s'inscrit dans le cadre d'une remontée globale des rendements mondiaux, l'écart de rémunération entre la dette française et allemande continue à se creuser, dépassant ce jour les 131,1 points de base, un niveau inédit depuis 2012.
Le gouvernement présente ce jeudi son projet de budget de l'Etat (PLF) et celui de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. Dans son projet obtenu par l''AFP', avant le conseil des ministres, le gouvernement entend ramener le déficit à 5% du PIB en 2027, notamment grâce à "la mise en oeuvre de 43 milliards d'euros de mesures de redressement". À ces 43 MdsE s'ajoute " la montée en charge de mesures de redressement prises en 2026 et antérieurement", ce qui amène "l'ensemble des efforts" en 2027 à "54 milliards d'euros".
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a déjà indiqué qu'il chercherait à réaliser des économies sur des postes de dépenses sensibles tels que les retraites, les salaires de la fonction publique et les indemnités journalières de maladie prises en charge par l'État. Il a également annoncé que la taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises serait au moins partiellement reconduite à partir de 2025, malgré les protestations des organisations patronales.
Ce vote du budget s'avère être un exercice très périlleux pour le gouvernement minoritaire de Lecornu. Il doit concilier les exigences de parlementaires hostiles, qui ont fait chuter ses deux prédécesseurs, et les attentes des investisseurs, qui se sont récemment délestés d'actifs français face à des inquiétudes budgétaires et politiques croissantes. "L'effort est considérable et le marché procède à un important ajustement des prix", a déclaré à 'Bloomberg Television' Claudia Panseri, directrice des investissements pour la France chez UBS Switzerland. "Je pense que ce budget sera adopté".
Dans une publication sur les réseaux sociaux mercredi, S.Lecornu a mis en garde contre la hausse rapide des coûts d'emprunt et a appelé les parlementaires à trouver un compromis avec le gouvernement. "N'ajoutons pas de l'instabilité à ces difficultés... La réalité nous rattrape".
La flambée des taux et une dette appelée à dépasser 120% du produit intérieur brut l'année prochaine alourdissent la charge des intérêts. Le ministre Roland Lescure a déclaré la semaine dernière que la charge de la dette atteindrait environ 91 milliards d'euros en 2027, dépassant ainsi les budgets annuels de la défense et de l'éducation. "Pour desserrer cet étau, nous devons trouver des économies acceptables mais substantielles", a-t-il déclaré sur 'France Inter'. "Je veux préserver la stabilité financière de la France, je veux protéger sa crédibilité financière ; pour cela, nous devons agir avec détermination aujourd'hui afin d'éviter d'y être contraints demain".
L'Agence France Trésor a annoncé mardi qu'elle prévoyait d'emprunter un montant record de 340 milliards d'euros l'année prochaine pour couvrir le déficit et renouveler une part importante des obligations arrivant à échéance. "Pour l'instant, il est difficile d'identifier un catalyseur évident susceptible d'entraîner une réduction durable des écarts de taux", estime Charlotte de Montpellier, économiste chez ING. "L'adoption d'un budget crédible pour 2027, qui semble très difficile à ce stade, pourrait apporter un répit temporaire, mais ne résoudrait pas les problèmes structurels auxquels sont confrontées les finances publiques françaises".
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