Votre navigateur (${ userBrowser.name + ' ' + userBrowser.version }) est obsolète. Pour améliorer la sécurité et la navigation sur notre site, prenez le temps de mettre à jour votre navigateur.      
8 156.70 PTS
+0.18 %
8 086.0
+0.32 %
SBF 120 PTS
6 181.65
+0.22 %
DAX PTS
24 138.00
+0.23 %
Dow Jones PTS
49 167.79
-0.13 %
27 305.68
+0.01 %
1.169
-0.23 %

Ukraine: 40 ans après Tchernobyl, les "deux guerres" d'un liquidateur

| AFP | 318 | Aucun vote sur cette news
Nikolaï Soloviov, qui a assisté à l'explosion de 1986 dans la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 24 avril 2026 dans le musée local consacré à Tchernobyl à Slavoutytch, à 120 km au nord de Kiev
Nikolaï Soloviov, qui a assisté à l'explosion de 1986 dans la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 24 avril 2026 dans le musée local consacré à Tchernobyl à Slavoutytch, à 120 km au nord de Kiev ( Genya SAVILOV / AFP )

Nikolaï Soloviov a assisté à l'explosion de 1986 dans la centrale nucléaire de Tchernobyl et mené sa "première guerre" contre les radiations. Quatre décennies plus tard, une deuxième guerre, cette fois contre l'invasion russe, lui a volé un être cher.

De sa jeunesse soviétique, ce fan de hard rock a gardé de longs cheveux, désormais gris. Il s'exprime auprès de l'AFP avec modestie, précision et douceur.

Photographie de Nikolaï Soloviov, ancien
Photographie de Nikolaï Soloviov, ancien "mécanicien turbine" lors de l'explosion de 1986 dans la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 24 avril 2026 sur un mur du musée consacré à Tchernobyl à Slavoutytch, à 120 km au nord de Kiev ( Genya SAVILOV / AFP )

La nuit du pire accident nucléaire de l'Histoire, le 26 avril 1986, Nikolaï Soloviov était "mécanicien turbine" à l'unité 2, à quelques centaines de mètres du réacteur 4 qui explosa lors d'un test.

"J'ai ressenti comme un tremblement de terre. Les turbines tournaient encore — un bruit très fort — et je n'ai pas entendu l'explosion", décrit cet homme robuste de 67 ans.

Les alarmes se déclenchent. Il se rend vers la réacteur numéro 4, croise un collègue irradié en train de vomir, un autre transporté sur une civière, un autre abattu sur sa console, la tête entre les bras. Tous sont morts peu après.

Nikolaï Soloviov, qui a assisté à l'explosion de 1986 dans la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 24 avril 2026 dans le musée local consacré à Tchernobyl à Slavoutytch, à 120 km au nord de Kiev
Nikolaï Soloviov, qui a assisté à l'explosion de 1986 dans la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 24 avril 2026 dans le musée local consacré à Tchernobyl à Slavoutytch, à 120 km au nord de Kiev ( Genya SAVILOV / AFP )

L'ampleur du désastre se dévoile. Il voit "le ciel" à travers le trou causé par l'explosion. Dans les couloirs, des trombes d'eau se déversent de tuyaux brisés.

Très vite, des pompiers arrosent le réacteur fumant. "Ils n'ont pas laissé le feu se propager". Ces secouristes sont quasiment tous décédés, brûlés par les radiations.

A l'aube, avec ses collègues, Nikolaï Soloviov discute du temps qu'il leur reste à vivre. "Deux semaines", dit l'un. Nikolaï Soloviov se remet alors à fumer. "Une cigarette cubaine". Il avait arrêté cinq mois plus tôt mais "autant mourir jeune et beau", dit-il, aujourd'hui, en s'amusant.

Louanges soviétiques

Le matin du 26 avril 1986, son quart se termine. L'équipe de jour prend le relais. Il part en autobus pour Pripyat, la ville où sont logés les employés à trois kilomètres de la centrale.

Une employée d'un musée consacré à Tchernobyl montre une bouteille d'eau minérale datant de la catastrophe nucléaire à Slavoutytch, à 120 km au nord de Kiev, le 24 avril 2026
Une employée d'un musée consacré à Tchernobyl montre une bouteille d'eau minérale datant de la catastrophe nucléaire à Slavoutytch, à 120 km au nord de Kiev, le 24 avril 2026 ( Genya SAVILOV / AFP )

Dans les rues, les gens vivent leurs vies habituelles. Seul changement: des camions aspergent les trottoirs avec un "détergent" mousseux. Arrivé chez lui, il dit à sa femme de se barricader.

Pendant des jours, les autorités soviétiques cachent la catastrophe qui fragilisa encore plus l'URSS, déjà traversée par de multiples crises, jusqu'à son effondrement.

Nikolaï Soloviov, lui, est resté à la centrale pendant la "liquidation", la construction du premier sarcophage, puis du deuxième, endommagé en 2025 par une frappe de drone russe. Il était aussi présent en 1991 lors d'un grave et méconnu incendie dans l'unité 2.

La centrale n'a cessé de produire de l'électricité qu'en 2000 et des équipes y opérent toujours pour assurer sa sécurité.

M. Soloviov, devenu ingénieur, est resté car le travail était "intéressant", avec des salaires importants et "beaucoup de vacances".

Pour lui, le test mené en 1986 était "dangereux" mais la direction a insisté pour le mener, afin d'obtenir les louanges du pouvoir soviétique.

Nikolaï Soloviov, qui a assisté à l'explosion de 1986 dans la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 24 avril 2026 dans le musée local consacré à Tchernobyl à Slavoutytch, à 120 km au nord de Kiev
Nikolaï Soloviov, qui a assisté à l'explosion de 1986 dans la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 24 avril 2026 dans le musée local consacré à Tchernobyl à Slavoutytch, à 120 km au nord de Kiev ( Genya SAVILOV / AFP )

Il estime que "seule l'URSS" avait les moyens de mener les opérations de "liquidation" qui ont impliqué des centaines de milliers de personnes et entraîné l'évacuation de centaines de milliers d'autres.

Des dizaines de ses connaissances sont mortes du cancer. Parmi son équipe de nuit, seuls quatre employés, sur 22, sont encore vivants.

En 2005, un rapport controversé de l'ONU a évalué à 4.000 le nombre des morts avérées ou à venir en Russie, Ukraine et au Bélarus. Greenpeace a estimé, un an plus tard, que 100.000 personnes avaient péri.

"Guerre atomique"

Nikolaï, qui a été exposé à de fortes doses de radiation et a subi de multiples examens, attribue sa survie à "sa bonne santé", la pratique du sport, son naturel serein et la loterie de la génétique.

"Il faut remercier Dieu et mes parents de m'avoir donné de bons gènes".

Il habite dans sa datcha près de Slavoutytch, une ville fondée en 1986, à 120 km au nord de Kiev, pour accueillir les déplacés.

Dans le musée local consacré à Tchernobyl, des débris de drones russes abattus sont exposés dans la salle principale. "Ca, c'est l'autre guerre", glisse Nikolaï Soloviov.

Sur la place centrale de Slavoutytch, balayée par le vent, il parle de sa première guerre "atomique" contre le poison invisible et inodore des radiations.

"Ici, les gens disent, +avant ou après la guerre+, en parlant du 26 avril 1986. Et maintenant on dit qu'on vit déjà la deuxième guerre de notre génération".

Dans la nuit du 23 au 24 février 2022, il s'est rendu à la centrale. Il ne l'a jamais atteinte car deux ponts y menant avaient été détruits. L'armée russe a pris Tchernobyl et occupé le site pendant un mois.

Le fils cadet de Nikolaï Soloviov s'est, lui, engagé dans les forces ukrainiennes. En septembre 2023, il a été porté disparu sur le front.

Face à ce malheur, M. Soloviov n'a pas retrouvé la force de travailler et a pris sa retraite.

 ■

Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
0 avis
Note moyenne : 0
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
Actions les plus vues

Classement des actions les plus vues, pour la période du mardi 21 avril 2026 au lundi 27 avril 2026, des marchés Euronext Paris, Bruxelles, Amsterdam, Growth Paris, NASDAQ et NYSE sur le site et l'application Bourse Direct.

SUR LE MÊME SUJET
Publié le 26/04/2026

Des habitants de la ville de Slavoutytch dans le nord de l'Ukraine, le 25 avril 2026 ( Genya SAVILOV / AFP )C'est la dernière cité "idéale" construite par l'URSS. Fondée en 1986 pour…

Publié le 26/04/2026

L'enceinte de confinement recouvrant le réacteur accidenté de la centrale nucléaire de Tchernobyl, vu depuis la ville fantôme de Pripyat, le 23 avril 2026, près de 40 ans après la…

Publié le 21/04/2026

Maison de Manon Relandeau, disparue depuis la fin mars, à Saint-Etienne de Montluc le 21 avril 2026 ( Fred TANNEAU / AFP )Un ruban jaune "zone interdite" barre l'accès à sa ferme, un scellé…

À LIRE AUSSI SUR BOURSE DIRECT
Publié le 28/04/2026

La Bourse de New York a terminé la séance de lundi à l’équilibre, en ouverture d’une semaine particulièrement chargée, marquée par de nombreuses publications d’entreprises — dont celles…

Publié le 28/04/2026

Amélioration de l'ensemble des indicateurs financiers et opérationnels

Publié le 28/04/2026

(Zonebourse.com) - Oddo BHF réitère son conseil à Surperformance sur Intertek et laisse son objectif de cours inchangé à 5000 pence après la nouvelle offre d'EQT. L'offre révisée d'EQT à 54…

Publié le 28/04/2026

Votre rendez-vous quotidien avec les petites et moyennes capitalisations ! Chaque jour, retrouvez l’analyse d’Eric Lewin sur les valeurs Small & Mid Caps du moment qui font l’actualité.

L'ouverture de votre compte Bourse Direct est gratuite et s'effectue en ligne en quelques minutes.

Dans le cas d'un transfert de compte, Bourse Direct prend en charge 100% de vos frais, à hauteur de 200 € par compte.

Nouveauté

Découvrez les ETN Crypto

Bitcoin, Ethereum, Solana…
Elles sont toutes disponibles !

Risque de perte en capital – communication promotionnelle